PDA

Voir la version complète : Uber, l'Etat et le progrès



Pierre
26/01/2016, 21h22
On aurait tort de croire que le bras de fer entre les taxis et les VTC ne concerne que G7 et Uber. Derrière cette bataille qui donne aujourd'hui lieu à un mouvement de grève de plus comme la France en raffole se posent en effet deux questions cruciales pour notre pays. La première concerne l'Etat-arbitre. La seconde les citoyens-consommateurs.

182

A l'heure où la révolution digitale transforme tous les secteurs économiques, certains perçoivent l'évolution technologique comme une menace, d'autres comme une opportunité. Il importe en préambule que chacun admette que comme toute révolution, celle-ci ne fera pas que des gagnants. Il y aura fatalement aussi des perdants. Le téléphone mobile a tué les cabines téléphoniques, l'e-mail bouscule La Poste, Amazon a fait mal aux librairies et Uber comme Airbnb fragilisent les taxis comme les hôtels. Certes, en innovant et en profitant de l'abaissement des barrières à l'entrée, les VTC contribueront sans aucun doute à développer l'usage et donc à accroître la demande. Mais en s'attaquant à des rentes, ils pèseront sur les prix et rogneront les marges de leurs concurrents.

Dans un tel contexte, que doit faire l'Etat ? Doit-il interdire Uber sous prétexte que l'essor des VTC pénalise les taxis et fait fondre la valeur de leurs licences ? Cela n'a aucun sens. Quelles que soient les conditions dans lesquelles les taxis ont acquis leur plaque, le rôle de l'Etat n'est pas de leur garantir à vie qu'ils ont acheté un droit inaliénable à gagner de l'argent sans voir émerger de nouveaux rivaux.

L'Etat doit imposer des règles pour s'assurer que les VTC feront leur métier dans de bonnes conditions de sécurité et que les entreprises, ou les chauffeurs, paieront des charges sociales et leurs impôts. Mais l'Etat n'a pas vocation à bloquer le progrès en érigeant de nouvelles barrières disproportionnées qui freineraient l'essor d'une nouvelle forme de concurrence ou qui renchériraient ses coûts au point que le Uber ou autres LeCab ne pourraient plus être compétitifs. Rien ne sert de transformer les VTC en taxis. Car pour le citoyen-consommateur, l'émergence des VTC est une bonne nouvelle. Elle oblige les taxis à améliorer leurs services, elle fait naître de nouvelles offres et augmente globalement la flotte de véhicules en circulation.

Certains peuvent être jaloux du succès d'un groupe américain comme Uber qui n'hésite pas à franchir la ligne jaune pour faire progresser sa cause mais les consommateurs ne doivent pas se tromper d'ennemi. Soutenir ceux qui derrière l'épouvantail Uber cherchent à freiner l'essor de tous les VTC ne sont guère leurs alliés. Et il ne faudrait pas qu'une fois de plus le gouvernement privilégie une minorité vocale qui sait se mobiliser au détriment d'une majorité silencieuse qui assiste en spectateur à ce nouveau combat entre les anciens et les modernes.




www.lesechos.fr